Lire la suite – Newsletter mai 2020

Coulisses d’une nouveauté : Le destin de Fausto de Oliver Jeffers

Avec son air revêche, ses moustaches tombantes et son costume trois pièces, Fausto a tout du héros que l’on déteste immédiatement. De ces personnages qui s’enlisent dans leur soif de pouvoir et de méchanceté à un point tel que rien ne peut les racheter. Ainsi se présente à nous cet homme prénommé Fausto qui décrète un beau matin que tout lui appartient. Cette fleur délicate, ce mouton conciliant, cet arbre protecteur et même cette montagne imposante, tout cela est à lui. Et tous se soumettent à son bon vouloir.

Car attention à celui qui refuserait de se plier au désir de Fausto ! Ce roitelet se met à taper du pied et pique de grosses colères. Le problème est que le tyran en pantalon rayé en veut toujours plus. Mais quand il décide de s’attaquer à l’océan, il trouve enfin un partenaire capable de lui résister… Malgré tout, Fausto s’obstine, aveuglé par sa volonté de toute-puissance. Face à la réticence de l’étendue salée, il s’emporte, trépigne, perd patience et paye de sa vie de s’être montré si orgueilleux.

Le destin de Fausto est une sorte d’allégorie de notre époque, un livre qui parle du pouvoir, de la cupidité et de la volonté de domination de l’homme sur la nature.  « Cette histoire s’est presque racontée toute seule, sans que je sache d’où elle menait, évoque Oliver Jeffers, fidèle du catalogue de Kaléidoscope depuis plus de dix ans. Avec le recul, je me rends compte qu’elle parle d’arrogance, d’avidité, de progrès et des conséquences qui y sont liées. Je me suis aussi aperçu que ce qui avait toujours été là, c’était l’idée du changement climatique et la relation de l’Homme avec la nature. »

Avec une mise en page épurée et audacieuse (l’utilisation de la page blanche) et l’utilisation de la technique de la lithographie traditionnelle, cette fable sombre distille un message cruel mais réaliste. Elle montre ce à quoi l’égoïsme jusqu’au-boutiste de son personnage peut conduire, autrement dit à sa propre perte. Toute analogie avec la relation qu’entretient l’Homme avec la nature n’est absolument pas fortuite. Engagé, Oliver Jeffers revendique cette fin sinistre. « Le contraire aurait été comme pardonner ce monde de privilèges, de patriarcat et de consumérisme dans lequel on vit depuis longtemps. Il n’y a pas de fin joyeuse. Il faut changer les choses ou périr. »

 

Claudine Colozzi

Mai 2020

Coulisses d’une odyssée : Là-bas de Rebecca Young et Matt Ottley

Un jeune garçon se tient sur une plage baignée par les vagues à côté d’un frêle bateau en bois. Avec son sac à dos, il semble prêt à se lancer à l’assaut des océans.  Pour ce voyage dont il ignore jusqu’où il le mènera, il emporte très peu de choses : un livre, une gourde, une couverture… Et une vieille tasse à thé qui contient « une poignée de terre de l’endroit où il avait tant joué ». Son périple chargé d’incertitude le plonge en alternance dans des moments de terreur et de sérénité.  Alors que le garçon se sent de plus en plus seul (« en écoutant les baleines échanger leurs appels, il pensait à sa maman qui l’appelait pour goûter »), une graine cachée dans sa tasse de thé grandit. Cette graine va devenir un arbre, un magnifique pommier qui le protège et le nourrit jusqu’à ce qu’il pose enfin le pied sur la terre ferme. Là, il croise une petite fille débarquée, elle, avec un coquetier cassé…

Pourquoi a-t-il quitté sa maison ? Que sont devenus ceux qu’il aimait ? Pourquoi n’a-t-il emporté que ces quelques objets ? A aucun moment, le lecteur ne trouve réponse à ces questions dans Là-bas, ce qui attisera, à n’en pas douter, la curiosité de chacun. Seule la fin nourrit une certitude : ceux qui vont au bout de leurs rêves sans jamais perdre espoir finiront par être payé en retour.

Né en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Matt Ottley vit en Australie. Artiste complet, il peint à l’huile des scènes monumentales. « La réalisation de ce livre a nécessité un an, un mois par scène, ce qu’on peut aisément imaginer en découvrant ses marines si impressionnantes, où il y a un tel sens du détail et de la perspective, raconte Camille Guénot, éditrice chez Kaléidoscope, qui a découvert cet album à la Foire du livre jeunesse de Bologne. La ligne narrative sobre est contrebalancée par l’intensité dramatique des paysages.  »

Là-bas est d’abord un voyage esthétique.  « Matt Ottley déploie des fresques oniriques où se côtoient toujours la mer et le ciel, autour de cette ligne d’horizon qui joue le rôle de fil rouge, commente Camille Guénot. C’est un album à ressentir : le vent, l’eau, les embruns, la force des éléments, nous sommes plongés au cœur de cette nature sauvage. » Assurément, Kaléidoscope est bien décidé à suivre de très près ce talentueux Matt Ottley.

 

Claudine Colozzi

Mai 2020

 

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