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Dans les coulisses d’un album…
Ce n’est pas une bonne idée ! de Mo Willems

Comment séduire une éditrice ? En la faisant « hurler de rire ». Et, pour y parvenir, l’Américain Mo Willems, fidèle auteur du catalogue Kaléidoscope, ne manque pas d’arguments. Une nouvelle fois, Isabel Finkenstaedt et son équipe ont été conquises par le ton délicieusement subversif de cette rencontre entre un renard affamé et une oie replète. Sous le regard goguenard de poussins malicieux…
Ce n’est pas une bonne idée, 13e titre de Mo Willems publié depuis une dizaine d’années chez Kaléidoscope, met en scène une figure classique de l’album jeunesse : un duo entre un prédateur beau parleur et une innocente victime. Mais, attention, comme le précise Isabel Finkenstaedt, il arrive parfois que « le rapport de force s’inverse et que la plus faible prenne le pouvoir sur le plus fort ». Et si la fourberie n’était pas toujours l’apanage des méchants ? Et si les gentils décidaient de se rebiffer !
Autre attrait de cet album : une mise en page un peu rétro qui emprunte à la tradition du cinéma muet. Comme dans certains films d’avant le parlant, les dialogues entre les deux protagonistes apparaissent sur fond noir. Cet habillage simple mais efficace « met en valeur l’histoire et renforce la complémentarité entre le texte et les illustrations ».
Exploitant ce parti pris cinématographique, Mo Willems déroule le fil de son histoire avec un art consommé du suspense. Même rompue à la lecture d’albums pour la jeunesse, la fondatrice de Kaléidoscope avoue s’être laissé « embarquer dans l’histoire » et « surprendre » par le coup de théâtre final un tantinet provocateur.

 

Interview à deux voix pour album à quatre mains
« Cet album est un éloge de la lenteur. »
Avec Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo, auteurs de On verra demain.

Comment est né le personnage de Paco ?
Michaël Escoffier : Tout est parti de l’animal, le paresseux. À la fois, ce mammifère m’intriguait et puis, il me faisait penser à Kris ! J’aime bien mettre en scène des animaux. Une girafe qui parle place tout de suite le lecteur dans le registre de l’imaginaire. Cela offre une grande liberté.

Kris Di Giacomo : Michaël m’a interrogée sur les animaux que j’avais envie de dessiner. Pourquoi le paresseux ? Je ne m’en souviens plus trop moi-même. Peut-être un documentaire à la télévision ? Son corps long et étiré, cette espèce de sourire accroché à son visage ont nourri mon inspiration.

Quel message se cache derrière la nonchalance de Paco ?
M.E. : C’est un éloge de la lenteur. Donner envie de prendre son temps pour retrouver la saveur des choses. Le monde dans lequel nous vivons ne nous incite pas à cela. Paco est sourd aux diktats de la société incarnée par les castors qui cherchent à le déloger de sa forêt. Il a compris combien il pouvait être plaisant de perdre son temps. À sa manière, Paco est un résistant.

Comment donne-t-on vie à un personnage ?
M.E. : Cela ne s’impose pas d’emblée. Il faut d’abord lui trouver un prénom. Au début, Paco s’appelait César. Mais, pour un animal d’Amérique du Sud, Paco sonnait mieux à l’oreille ! J’envoie une première version du texte à Kris et elle commence à me faire des propositions autour du personnage principal.
K.D.G. : La première étape consiste à rechercher à quoi ressemble vraiment l’animal, puis, quand on s’est mis d’accord avec Michaël, à le mettre en scène dans de multiples situations. Le vrai défi, ce sont les mimiques. Paco passe par différents sentiments : la colère, le désarroi quand il se rend compte qu’il va peut-être perdre son arbre auquel il est très attaché. Cette double page a peut-être été la plus difficile à réaliser.

Michaël, comment travaillez-vous le texte ?
M.E. : Le texte évolue au fur et à mesure des échanges avec Kris. J’allège, j’épure. Je recherche aussi une petite musique, un rythme. Je travaille la ponctuation. Pour m’aider, je lis à voix haute, en me mettant à la place de l’adulte qui raconte l’histoire à un enfant.

Et vous Kris, qu’est-ce qui vous a inspirée dans le texte de Michaël ?
K.D.G. : Je me retrouve un peu dans le côté rêveur et observateur de Paco. L’idée de vivre en harmonie avec la nature qui nous entoure m’a aussi beaucoup séduite, tout comme l’idée de prendre le temps. Le plus amusant, c’est que nous avons vraiment dû nous presser pour terminer l’album dans les temps !

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