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Interview d’un auteur-illustrateur

« Ce nouvel album joue sur l’ambiguïté de l’automne. »
Avec Maïté Laboudigue, auteure de Zouzou et le tourbillon de l’automne

Zouzou nous est déjà familière. Nous avons découvert cette souris dessinatrice en mars 2014 dans Le Sac à trous de Zouzou. Comment avez-vous abordé ce nouveau volet ?
Maïté Laboudigue : Dans la continuité du précédent, en puisant l’inspiration dans la saison qui sert de toile de fond à l’histoire. Le Sac à trous de Zouzou était un hymne au printemps. Ce nouvel album joue sur l’ambiguïté de l’automne, saison riche où la nature se pare de mille feux avant le déclin de l’hiver. L’album oscille entre la mélancolie de Zouzou qui n’a soudain plus goût à rien et l’entrain de ses amis qui profitent de cette explosion de couleurs.

Comment est né le personnage de Zouzou ?
M.L. : En pensant à Souris Chérie. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec Magdalena Guirao-Jullien sur La Semaine de Souris Chérie et Monsieur Lérot tombe amoureux. Je voulais créer une sorte d’avatar de Souris Chérie, un personnage léger, mi-humain, mi-animal. Quand je me rends dans les écoles, les enfants me disent souvent : « Tes personnages te ressemblent. » Cela m’amuse.

Vous connaissez Isabel Finkenstaedt depuis plus de vingt-cinq ans. Comment décririez-vous vos échanges de travail ?

M.L. : Je suis convaincue qu’un album est le fruit d’une collectivité éditoriale. En frottant son projet personnel à un regard extérieur, on parvient à lui donner son éclat, sa dimension. Isabel a des idées très précises. C’est précieux, mais à double tranchant, quand elle ne croit pas à un projet une première fois, inutile d’essayer de la reconquérir ! Nous dialoguons beaucoup. Elle me fait refaire parfois certaines planches. Nos échanges sont toujours très constructifs.

Et vous, quelle auteure êtes-vous ?
M.L. : Je suis assez lente. J’ai les graines d’inspiration mais elles mettent parfois un peu de temps à germer. Quand je démarre un nouvel album, je me mets en condition comme un musicien se préparerait en faisant ses gammes. Et puis, la magie de la création se met en route. Il n’y a pas grand-chose de prémédité dans tout ça. C’est d’ailleurs assez miraculeux quand on termine un album de se dire qu’on est arrivé jusque-là. Parfois, quand ça patine et que rien de bon ne vient, je fais une pause dans mon jardin. C’est idéal pour se ressourcer.

Vous intervenez beaucoup dans les écoles. Que retirez-vous de ces rencontres avec vos jeunes lecteurs ?
M.L. : Beaucoup de plaisir et de l’inspiration. Une maîtresse que j’ai rencontrée s’accompagne à la guitare dans sa classe. Quand elle sort son instrument et se met à jouer, ses élèves se calment instantanément. J’ai beaucoup pensé à elle lors de la composition de mes personnages musiciens.

La musique est très présente dans cet album. Croyez-vous en ses bienfaits ?

M.L. : Pour contraster avec la tristesse de Zouzou, j’ai pensé à lui adjoindre quelques amis musiciens. Leur gaieté, leur joie de vivre sortent la souris de sa mélancolie. Les enfants adorent chanter. J’espère qu’ils s’empareront des petites ritournelles de Zouzou et le tourbillon de l’automne.

Dans les coulisses d’un album…
Il était une fois l’alphabet en vingt-six escales rocambolesques

Prêt à vivre une aventure ébouriffante ? C’est, à dire vrai, ce que propose Oliver Jeffers dans cet étonnant abécédaire qui rompt avec le genre en se lançant dans un jubilatoire exercice de style. En voici la feuille de route : « Les lettres de notre alphabet sont inlassablement occupées à composer les mots qui à leur tour fabriquent les histoires. Et si on offrait à chaque lettre une histoire pour changer ? » Des histoires comme autant de minuscules contes toujours loufoques, parfois philosophiques, où l’auteur se plaît à mettre en scène des héros imparfaits, voire un peu ridicules. Tels Edmond l’Astronaute qui a la phobie de l’altitude ou Delilah, l’audacieuse que la mort (sous les traits de la Grande Faucheuse) amuse et qui ne craint rien, sinon les menaces de privation de dessert proférées par son père en cas de retard pour le dîner ! Et que dire de la crise d’identité des Panais Perplexes se rendant compte qu’ils ne sont ni des carottes, ni des pommes de terre ou des Robots voleurs de nimbostratus par peur de rouiller sous la pluie ! « Mon travail de traduction sur cet album a consisté à entrer dans le jeu de l’auteur en cherchant à m’amuser à mon tour, explique Élisabeth Duval, fidèle compagne de route de Kaléidoscope. J’ai essayé de respecter la musique qui naît des allitérations par un soin précis accordé au choix de chaque mot. » Une gageure de taille que celle de coller au plus juste des vingt-six lettres, le passage de l’anglais au français réservant quelques inévitables difficultés.
Si un abécédaire a pour vocation initiale d’apprendre l’alphabet, on peut affirmer que celui-ci remplit sa mission, mais pas tout à fait au pied de la lettre. « Je trouve que cet album est bien plus qu’un abécédaire, il constitue une introduction à la nouvelle, se réjouit Élisabeth Duval. Chaque récit peut être lu comme une petite fable comprenant une morale un peu déjantée ou absurde sur laquelle l’adulte et l’enfant pourront décider de réfléchir… ou pas. » Ainsi, le « F » qui nous convie à un vertigineux Fini/Infini où un jeune Ferdinand laisse tomber une pièce de monnaie dans le trou le plus profond du monde et qui vieillit sans l’entendre toucher le fond. Fantastique !

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