Lire la suite – Newsletter septembre 2016

Interview à deux voix pour album à quatre mains

« Pourquoi l’autre, l’étranger nous fait-il peur ? »

Avec Alain Chiche et François Soutif, auteurs de C’est bizarre.

 

Alain, c’est vous qui avez adressé ce texte à Kaléidoscope. Comment vous est venue l’histoire de ces trois grand-mères dont le quotidien paisible est chamboulé par l’arrivée d’un nouveau voisin ?

Alain Chiche : La peur de l’autre, la difficulté de vivre ensemble sont des thèmes universels avec des résonances très actuelles. L’essentiel était de les traiter avec humour grâce à ce trio de grand-mères vivant dans un décor suranné qui supportent mal d’être bousculées dans leur petit train-train.

Et vous, François, comment avez-vous réagi à la lecture de ce texte ?

François Soutif : L’histoire m’a énormément plu. Elle possède ce qu’il faut de folie et de fantaisie pour allumer mon inspiration. J’étais d’autant plus content que j’avais refusé un ou deux textes qu’Isabel [Finkenstaedt] m’avait précédemment proposés. L’histoire tenant sur deux feuilles A4, on sait rapidement si l’on accroche ou pas. J’ai tout de suite perçu la parabole sur la peur de l’étranger, la méfiance de ces dames vis-à-vis de ce voisin dont elles craignent qu’il vienne perturber leurs petites habitudes.

Comment vous êtes-vous attaqué à vos personnages ?

F.S. : Comme Alain est également illustrateur, il avait ajouté au texte quelques indications. Je savais par exemple qu’il imaginait trois bêtes à cornes pour incarner ses trois héroïnes. Des images me sont rapidement venues et j’ai commencé les crayonnés. J’aime beaucoup retranscrire les expressions des visages. Je me suis fait plaisir. Sauf contraintes techniques, Isabel me laisse carte blanche, ce qui est très plaisant. C’est elle qui fait le lien entre l’auteur et l’illustrateur.

A.C. : J’avais effectivement quelques idées sur les personnages et sur la chute de l’histoire qui doit laisser planer le suspense sur la bonne entente entre les personnages. Mais il fallait une certaine virtuosité pour mettre en scène les ruminations de ces trois petites mamies qui imaginent toute une série de scénarios plus extravagants les uns que les autres. Il fallait tirer sur cette corde et François y est très bien parvenu.

Bruits étranges, drôles d’odeurs… Comme les trois grand-mères, le lecteur se demande à son tour quel secret ce nouveau voisin peut bien cacher. Vous souhaitiez entretenir une forme de mystère ?

A.C. : D’où la répétition du « C’est bizarre ». Le lecteur peut jouer avec les sonorités du texte, comme une sorte de ritournelle qui résonne à ses oreilles, au fur et à mesure que la pression monte.

F.S. : Le texte repose sur un procédé redondant : la liste des choses qu’elles imaginent. Elles font jouer la machine à fantasmes, les idées les plus folles leur traversent l’esprit. Il a fallu trouver une manière différente d’illustrer ces accumulations en variant le type de traits et en jouant avec la typographie. Jusque sur la couverture !

 

Propos recueillis par Claudine Colozzi

Septembre 2016

 

Dans les coulisses d’un album : Cambouis de Geoffroy de Pennart

Chez Kaléidoscope, on le sait bien depuis le temps, Geoffroy de Pennart est un farceur. Il n’y a qu’à voir ce que sont devenus loup, grand-mère, Trois Petits Cochons et Chaperon rouge dans ses précédents albums. Alors, quand il se pique de donner sa version du célébrissime Cendrillon, on pouvait s’attendre à tout… Mais de là à ce qu’il métamorphose, d’un coup de crayon magique, la servante maltraitée en roi de la clef à molette ! En 2016, la jeune fille en haillons couverts de suie est devenue un jeune homme en bleu de travail maculé d’huile de moteur qui chantonne toute la journée, le nez sous le capot. Quand l’une rêvait au prince charmant, Cambouis s’imagine plutôt chanter aux côtés de la célèbre Lady Wawa. De passage dans sa ville, la rockstar internationale organise un grand concours pour recruter ses nouveaux choristes. Quelle opportunité pour Cambouis si Nasty et Sniky, très proches cousins des méchantes Javotte et Anastasie, ne lui mettaient pas de sérieux bâtons dans les roues…

Avec fantaisie et humour, Geoffroy de Pennart dépoussière le célèbre conte de fées sans trahir l’histoire initiale. Et pour les familiers de ses albums, il glisse même quelques clins d’œil, comme le retour des personnages Jean Toutou et Marie Pompon. Avec juste ce qu’il faut de coups de théâtre et de rebondissements, ce Cambouis nous entraîne à un rythme effréné vers une happy end glamour peu après les douze coups de minuit.

 

Claudine Colozzi

Septembre 2016

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