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Dans les coulisses d’un album…
L’homme au violon

L’histoire a fait le tour de la planète. En janvier 2007, Joshua Bell, l’un des plus célèbres violonistes de notre époque, s’est installé dans le hall de la station de métro L’Enfant Plaza à Washington. Il a joué pendant quarante-cinq minutes. Sur un Stradivarius datant de 1713, il a interprété six pièces classiques. Combien de personnes se rendant à leur travail se sont-elles arrêtées, happées par le talent de ce musicien ? Sur les 1 087 anonymes qui ont défilé, seuls 7 ont pris le temps de faire une pause. Alors que la veille encore Joshua Bell jouait à guichets fermés, il a reçu 32 dollars – dont 20 laissés par l’unique personne l’ayant reconnu. Les journalistes du Washington Post à l’initiative de cette curieuse expérience ont écrit : « Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l’apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ? »
Il y a deux ans, Isabel Finkenstaedt a découvert cet album tiré de cette aventure à la Foire du livre de Francfort. Intriguée par ce récit, elle s’est laissé prendre par cette histoire. « Les adultes sont souvent pressés, ils ne prennent plus le temps de rien, pas même d’arrêter quelques minutes leur course folle pour écouter quelques notes de musique, explique-t-elle. Et puis, j’aime les retournements de situation. L’idée que les parents puissent apprendre quelque chose de leurs enfants me comble complètement. » Car, chose étonnante, seuls les enfants se sont arrêtés de manière systématique devant le musicien. Tous ont cherché à écouter la musique alors que leurs parents les exhortaient à continuer leur chemin. Les enfants ont un don incroyable : celui de s’émerveiller. Peut-être qu’avec le temps, en devenant adulte, nous laissons s’envoler ce formidable don. Ce livre vient nous le rappeler avec beaucoup de délicatesse.

Interview d’une auteure-illustratrice

« L’enfance ne nous quitte jamais. »
Avec Elsa Oriol, auteure de La Fille en bleu

Comment est née l’idée de raconter un « coup de foudre amical » manqué ?
Elsa Oriol : Je vais souvent puiser au fond de moi, toutes ces petites blessures que nous portons tous en nous depuis des années et qui rejaillissent parfois. L’enfance ne nous quitte jamais. En amitié, comme en amour, on a le droit de se tromper, de ne pas être en phase avec la bonne personne qu’on croyait faite pour soi. Cela appartient aux désillusions de l’enfance. Aucun parent ne peut protéger son enfant de cela.

Vous dépeignez les efforts que déploie Manon pour séduire cette fille en bleu, « l’amie dont elle a toujours rêvé ». En vain…
E.O. : Les rapports peuvent être très durs et très violents entre les enfants. Souvent ils ne prennent ni détour, ni gants pour vous dire ce qu’ils pensent ou ont sur le cœur. Ils ne sont pas dans la politesse. Quand ils n’aiment pas, ils le font savoir. La fille en bleu ne veut pas de l’amitié de Manon et le lui fait sentir. Malgré la surenchère de gentillesse, elle reste froide. Heureusement la fin du livre montre que dans la vie, les belles choses arrivent souvent là où on les attend le moins.

Comment qualifieriez-vous la relation que vous entretenez avec Kaléidoscope ?
E.O. : J’ai rencontré Isabel Finkenstaedt en 2004 alors que je n’avais jamais illustré d’albums pour la jeunesse. Sa ligne éditoriale exigeante, son éclectisme m’ont plu. Elle m’a d’abord testée sur les textes des autres. Depuis 2011, je lui ai proposé des textes. Je lui montre les textes et si elle les retient, je les illustre dans un deuxième temps.

Que préférez-vous maintenant que vous êtes à la fois auteure et illustratrice ?
E.O. : Il faut aller au plus profond de soi pour parvenir à mettre des mots en images. Il y a parfois quelques moments de grâce qui procurent un réel plaisir. J’aime la phase où nous échangeons toutes les deux autour d’un futur découpage de l’album. Je lui propose des crayonnés et ce n’est qu’après sa validation que je passe à l’huile. C’est un travail d’artisan : je prends mon temps, je joue avec les effets de matière, les superpositions.

Quels sont les retours des enfants sur vos albums ? Les rencontrez-vous lors de séances de signatures ou des interventions scolaires ?
E.O. : Ce métier est un travail de solitaire. C’est d’autant plus difficile d’aller au-devant des autres quand on est une sauvage comme moi ! Pourtant, il est indispensable de se détacher de sa bulle de temps en temps pour aller à la rencontre de ses lecteurs. J’étais terrorisée au départ et puis je m’y suis faite. Lors de ces rencontres, les enfants sont extrêmement bienveillants. C’est très gratifiant.

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