Alain Chiche et François Soutif discourent de la peur de l’autre à propos de « C’est bizarre »

Alain Chiche et François Soutif discourent de la peur de l’autre à propos de « C’est bizarre »

Tout déplier
  • Alain Chiche : La peur de l’autre, la difficulté de vivre ensemble sont des thèmes universels avec des résonances très actuelles. L’essentiel était de les traiter avec humour grâce à ce trio de grand-mères vivant dans un décor suranné qui supportent mal d’être bousculées dans leur petit train-train.

  • François Soutif : L’histoire m’a énormément plu. Elle possède ce qu’il faut de folie et de fantaisie pour allumer mon inspiration. J’étais d’autant plus content que j’avais refusé un ou deux textes qu’Isabel [Finkenstaedt] m’avait précédemment proposés. L’histoire tenant sur deux feuilles A4, on sait rapidement si l’on accroche ou pas. J’ai tout de suite perçu la parabole sur la peur de l’étranger, la méfiance de ces dames vis-à-vis de ce voisin dont elles craignent qu’il vienne perturber leurs petites habitudes.

  • F.S. : Comme Alain est également illustrateur, il avait ajouté au texte quelques indications. Je savais par exemple qu’il imaginait trois bêtes à cornes pour incarner ses trois héroïnes. Des images me sont rapidement venues et j’ai commencé à les crayonner. J’aime beaucoup retranscrire les expressions des visages. Je me suis fait plaisir. Sauf contraintes techniques, Isabel me laisse carte blanche, ce qui est très plaisant. C’est elle qui fait le lien entre l’auteur et l’illustrateur.

    A.C. : J’avais effectivement quelques idées sur les personnages et sur la chute de l’histoire qui doit laisser planer le suspense sur la bonne entente entre les personnages. Mais il fallait une certaine virtuosité pour mettre en scène les ruminations de ces trois petites mamies qui imaginent toute une série de scénarios plus extravagants les uns que les autres. Il fallait tirer sur cette corde et François y est très bien parvenu.

  • A.C. : D’où la répétition du « C’est bizarre ». Le lecteur peut jouer avec les sonorités du texte, comme une sorte de ritournelle qui résonne à ses oreilles, au fur et à mesure que la pression monte.

    F.S. : Le texte repose sur un procédé redondant : la liste des choses qu’elles imaginent. Elles font jouer la machine à fantasmes, les idées les plus folles leur traversent l’esprit. Il a fallu trouver une manière différente d’illustrer ces accumulations en variant le type de traits et en jouant avec la typographie. Jusque sur la couverture !

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