Entretien avec John Prater

 

Entre l'idée de départ, le projet, la préparation et le résultat final (le livre) :
Qu'est-ce qui est le plus difficile ?

Le plus dur pour moi est l'écriture. J'ai eu une bonne idée pour un nouveau livre il y a deux jours, mais pour le moment, je n'arrive vraiment pas à trouver les mots pour raconter l'histoire.

Qu'est-ce qui est le plus amusant ?

Le plus amusant est l'inattendu : un trait de crayon extrêmement expressif, une aquarelle qui sèche de façon inespérée.

Qu'est-ce qui est le plus ennuyeux ?

Le plus ennuyeux est quand je dessine, par exemple, une expression faciale pour la vingtième fois et que ça ne marche toujours pas.

Le livre ressemble-t-il à ce que vous aviez projeté ?

Quand les illustrations sont terminées, je sais que ça aurait pu être mieux, et je
sais aussi qu'il y aura une perte de détails lors de l'impression.

Comment se renouveler dans son travail, malgré les attentes du lecteur (qui aime la répétition)?

J'essaie de m'assurer que tout nouveau projet est différent du dernier, soit par le sujet (réalisme/imaginaire) (personnages animal/humain) ou l'âge du lecteur (3/7 ans) ou les matériaux (aquarelles/stylo et encre).

Comment les réactions d'enfants influencent-elles votre travail ?

Je parle aux enfants dans les écoles et les bibliothèques, et bien sûr, je regarde de près leurs réactions à mes livres. C'est ainsi que je me rends compte quelles histoires fonctionnent et quelles histoires éviter.

Je regarde aussi ma petite fille de trois ans pour de nouvelles idées.

À quel moment pensez-vous aux lecteurs quand vous faites vos livres ?
Pensez-vous aux parents des enfants (ou autres adultes) qui vont lire le livre quand vous le faites ?

Pas particulièrement. Je pense que j'écris et je dessine pour moi-même. J'espère que si je m'investis et m'amuse assez dans mon travail, il plaira aux autres.

Qu'est-ce que vous avez le plus de mal à dessiner ?

Les mains - si vous ne les remarquez pas, tant mieux.

Que retrouve-t-on de votre enfance dans vos livres ?

J'ai le souvenir d'une enfance relativement heureuse mais aussi besogneuse et conformiste. L'éthique du travail fait toujours partie de ma vie, mais je me rappelle de la rébellion réprimée qui se passait à l'intérieur de moi. Parfois je me demande si j'ai jamais grandi.

Elton John a un jour décrit ses costumes et lunettes extravagants des années 1970 comme étant le résultat de n'avoir pas pu porter des chaussures "Hush Puppies" (chaussures en daim) quand il était enfant. Eh bien, je n'avais pas le droit au chewing gum ni au jeans, alors je compatis.

Quels sont vos illustrateurs de référence ?

Mes illustrateurs préférés sont Raymond Briggs, une inspiration de longue date, c'est lui qui m'a enseigné au Brighton College of Art, John Burningham - Helen Oxenbury - Jan Ormerod - et surtout Barbara Firth.

Qu'est-ce qui est le point de départ du livre ? Le personnage, l'histoire, le thème ?
Avez-vous évolué là-dessus depuis le premier livre ?

La plus mauvaise façon de commencer est de s'asseoir à sa table de dessin avec une page blanche. Une des meilleures façons est de se trouver en présence d'enfants, avec rien de particulier en tête, mais dans une humeur réceptive. Mon premier livre, qui a presque 20 ans, a été démarré ainsi, alors je n'ai jamais vraiment changé.

Dans vos livres, la plupart du temps, vos héros sont des enfants et Au sommet du monde, ce sont des animaux. Pourquoi ? Est-ce en fonction de l'âge du lecteur supposé, pour exprimer un certain type de sentiments ?

Comme je l'ai déjà expliqué, j'aime changer. Avant Au sommet du monde, j'avais illustré deux livres avec des enfants comme héros, alors j'avais envie de changer.

Comment avancez-vous dans la réalisation de vos livres : texte images… ?

La séquence est généralement la suivante :

une nouvelle idée !! -- des crayonnés très rapides -- un vague essai avec des mots -- une maquette avec des crayonnés plus aboutis -- une nouvelle lutte avec des mots -- les dessins finis -- "Ecoutez, il faut vraiment que nous revoyions ces mots." - Editeur.

Parlez-nous de : le rythme des images, l'alternance de vignettes et de pleines pages dans Thibaud le timide et Le Plus beau spectacle du monde :

Ceux sont deux livres où il se passe beaucoup de choses, des événements, des endroits différents qui devaient tous rentrer dans les 32 pages de l'album. Alors évidemment, j'ai donné plus de place aux événements majeurs. D'autres réflexions, comme le fait de tourner la page pour tomber sur la surprise ou le fait marquant, sont importantes aussi.

- la construction unique de la double page dans Au sommet du monde ;

Voulez-vous dire que chaque illustration est une double page ?

Le livre est prévu pour de tout-petits lecteurs, alors il est très simple ; quatre jouets grimpent en haut d'un toboggan, ils glissent en bas, c'est tout.

Une autre raison peut être qu'à l'origine, l'histoire était beaucoup plus compliquée. J'y ai travaillé pendant des semaines, et l'ai réécrite six fois. J'ai cru en être venu à bout de cette histoire complexe. Je l'ai montrée à ma femme, qui est une très bonne critique, et je pouvais voir à son expression qu'elle le trouvait très mauvais. Elle avait raison. Alors j'ai jeté la majeure partie, et ai seulement gardé quatre pages que j'ai finalement étoffé en 32. C'est peut-être pourquoi les illustrations sont toutes aussi grandes.

- le point de vue unique (scène de théâtre) dans Il était une fois

Le point de vue scène de théâtre est venu parce que le reste du livre est vraiment très compliqué. Un des problèmes que j'ai eus était de mettre au point la "chorégraphie". La plupart des personnages bougent beaucoup, alors il fallait éviter qu'ils se rentrent dedans. J'aurai été incapable de changer le point de vue aussi.

Quels sont vos thèmes de prédilection ?

Je crois que je préfère l'imaginaire à la réalité. On peut mieux voir les erreurs dans les dessins qui décrivent le monde réel.

Est-ce que vous faites attention à vos éditions étrangères ? Est-ce important pour vous de rester
avec le même éditeur à l'étranger ?

C'est merveilleux que mon travail soit publié à l'étranger !.