Comment naissent vos livres ? Est-ce le dessin ou l’histoire qui d’abord s’impose ?
Il n’y a pas de règle. Une histoire peut partir d’une image, Elmer est né d’une image. Ou d’une phrase glanée dans une conversation, comme pour Bébé futé . Ou l’histoire peut m’arriver déjà construite, comme si j’étais le premier à l’entendre, ce fut le cas pour Bernard et le monstre . Ou en cherchant la solution à un problème, de latéralité par exemple, pour Les chaussettes neuves du Roi Rollo . Ou alors après avoir lu un livre ou regardé un tableau. Une fois le livre en route, et jusqu’à ce qu’il soit terminé, il reste ouvert à toute modification (aussi bien du texte que des images).
Quelles sont les techniques graphiques que vous privilégiez ?
Je n’ai pas de technique privilégiée. J’aime changer. Changer parce que certaines techniques se prêtent à certaines histoires, ou changer simplement pour ne pas toujours travailler de la même manière, pour m’amuser si vous préférez.
Pourquoi écrivez-vous pour les enfants ?
Je pense que je n’écris pas seulement pour les enfants. Il se trouve que je fais des albums. Un album est simplement une autre forme de livre et pourrait facilement être réservé aux adultes. En général, nous estimons que l’album s’adresse au jeune enfant parce que c’est le seul genre de livre que partagent adultes et enfants, le public est donc double, enfants et adultes – qu’il soit parent, enseignant, frère ou sœur aînés, baby-sitter, etc. J’ai toujours dit que j’aimais travailler pour l’adulte que l’enfant deviendra et pour l’enfant que l’adulte est resté.
Quel est votre mot préféré ?
Préféré ? NON. Je ne m’en sers pas assez.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Comment êtes-vous venu au livre pour enfants ?
J’ai commencé par raconter des histoires, à moi-même puis à mes amis. J‘ai fait une école d’art. J’ai commencé à gagner de l’argent en vendant des dessins humoristiques à des magazines et des journaux. J’ai regardé le travail des autres dessinateurs et j’ai découvert André François. Puis j’ai vu son livre, Larmes de crocodile et je me suis dit que je pouvais faire ça – mettre ensemble mes histoires et mes dessins.
Physiquement ? Taille moyenne, poids moyen, etc. On me dit souvent que, sous certains angles, je ressemble à Paul McCartney, mais je suis certain que personne ne dit jamais à Paul qu’il me ressemble.
Y a-t-il des personnes ou des personnages qui vous ont donné envie d’écrire/d’illustrer ?
En dehors d’André François que j’ai déjà mentionné, je ne pense pas.
Pouvez-vous nous donner quelques réactions de lecteurs qui vous ont étonné ? Quelle est la meilleure question qui vous ait été posée ?
Les réactions des lecteurs me surprennent uniquement quand le livre n’a pas été lu correctement, ou quand elles prennent la forme d’attaques systématiques. Une lectrice m’a demandé pourquoi mes héros étaient toujours des garçons. J’ai dit : « vous faites allusion à La triste histoire de Marguerite, Encore toi, Isabelle ?, La tirelire de Charlotte, Le secret de Marie … » Et elle a poursuivi confusément : « Ah oui, vous écrivez aussi sur les petites filles, mais… ». Ou des lecteurs qui m’ont trouvé raciste après avoir mal lu Noirs et blancs.
La meilleure question était probablement celle d’une petite fille qui m’a demandé si je mangeais des biscuits dans mon bain. Comme souvent, il y avait quelque chose derrière la question. J’ai répondu : « Non », et lui ai demandé si elle mangeait des biscuits dans son bain. Elle aussi a répondu : « Non. » Je lui ai alors demandé si elle aimerait manger des biscuits dans son bain, et sa réponse a immédiatement jailli : « OUI, j’adorerais manger des biscuits dans mon bain ».
Avez-vous des souvenirs d’enfance, des mots d’enfants qui vous accompagnent ? Une phrase
qui vous guide ?
Plutôt des flashs récurrents qu’un ou deux souvenirs qui m’accompagneraient au quotidien. Par-dessus tout ce sont les valeurs morales, la manière de voir, les idéaux de mes parents qui m’accompagnent. Ils étaient heureux et leur philosophie n’était pas du tout celle d’aujourd’hui, ils étaient plus conscients de ce qu’ils avaient que de ce qu’ils n’avaient pas.
Et probablement aussi que la magie, les esprits et les fantômes du West Country anglais sont toujours en moi.
Un film, un morceau de musique, une photo, un tableau qui vous touche particulièrement ?
Il y a tant de films que je trouve émouvants que je ne peux pas en citer un sans penser à tous les autres. Mais les images ont le même effet dans la vie, la dernière feuille qui se cramponne à un arbre, une couleur portée par un petit enfant qui le vieillit terriblement, la vie elle-même est émouvante.
Que redoutiez-vous le plus lorsque vous étiez petit ?
Je n’étais pas empli d’inquiétudes. J’avais peur parfois, mais je n’étais pas inquiet.
Qu’avez-vous conservé de votre enfance ?
J’ai par exemple l’horloge que mon grand-père a offert à mes parents comme cadeau de mariage, et qui était toujours sur la cheminée quand j’étais petit. Elle est dans certains de mes livres, et un ou deux objets comme ça.
Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?
Peut-être une incapacité à me perdre, quelle que soit la situation.
Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ? Qu’aimez-vous le moins ?
J’aime ce que je ressens quand je le fais, et je n’aime pas ce que je ressens quand je ne le fais pas.
Un instantané de votre endroit de travail.
Je travaille là où je me trouve. En ce moment sur la table à manger à Paris. J’attache beaucoup d’importance aux tables. À Londres aussi c’est la table à manger de la cuisine, avec une petite terrasse à ma gauche et la cuisine à ma droite.
Nice est plus adapté et plus compliqué. J’écris et je dessine dans différentes parties de l’appartement. Souvent, je travaille sur la terrasse. Pour la peinture à l’huile et tout ce qui est de cet ordre, je travaille dans un autre appartement que je réserve à cet usage.
Que voyez-vous par la fenêtre depuis l’endroit où vous travaillez ?
Nice est l’endroit le plus intéressant et le plus zen. Juste la mer. Elle change constamment selon le soleil ou le temps ou les rares activités nautiques. C’est vraiment juste la mer. Je suis au 5è étage et pour voir la terre, je dois aller au bout de ma terrasse. Et là, j’ai la Promenade à mes pieds, ce qui est pratique quand je cherche un personnage ou un détail vestimentaire.
J’ai beaucoup de lieux de travail, mais quand je travaille, je suis tellement absorbé par ce que je fais que je pourrais être n’importe où. J’oublie souvent où je suis. En pleine activité, il m’arrive de me dire je vais faire un saut dans telle ou telle boutique puis je lève les yeux pour m’apercevoir que je suis dans un autre pays.
Quels sont les livres dans votre production qui représentent des étapes importantes, ou des tournants ou des paliers ?
Aucun en particulier. On pense généralement que ce sera le livre à venir et ce n’est jamais le cas. Peut-être que je ne change pas tant que ça finalement.
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